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Ulysse

Le démantèlement de toutes les institutions structurant l'Esprit Objectif du peuple français conduit les individus à s'installer -à demeure- dans l'imposture. En effet, aucune activité humaine, quelle qu'elle soit, n'est jamais sauve des formes éthiques et des principes directeurs qui régulent et ordonnent son existence historique. Comme il n'y a pas de langage privé, il n'y a ni sanctuaire sémantique personnel, ni château isolé, ni jardin secret qui ne soit en définitive autre chose que le contrepoint nécessaire que se donne l'Esprit du monde pour authentifier contradictoirement, dans la sphère intime qui le réfléchit et qu'il se donne à lui-même, sa propre nature. Or, ici et maintenant, toutes les formes traditionnelles du sens ont été kidnappées, détruites ou dérobées, et leur persistance de façade rend d'autant plus spectaculaire la laideur mensongère qui les habite.
Aller communier ? :-) Alors que le Pape François promeut une idéologie humanitariste qui n'entretient plus de relation que nominale au message du Christ ? Que le mystère de sang, de souffrance et d'or se peinturlure de robes à ramages pastel et ne se porte plus qu'à voix flutées de tafioles frustrées ou de petites merdes à raies sur le côté ? Se marier ? :-)) Alors que le législateur a subverti le sens de l'union civilisée de l'homme et de la femme en la ravalant au rang de simple droit à créance - plaçant ainsi à l'horizontale l'arbre de vie des générations ? S'engager dans l'armée ? :-))) Alors que la vocation des Gardiens, bafouée, ne consiste plus qu'en la soumission de facto aux impératifs de la technoligarchie mondialisée ? Ecrire ? :-)))) Alors que l'abîme hypertextuel ravale tout dans sa Babylone de non-sens ? Chanter ? :-D Alors que tout production artistique, toute oeuvre, ne peut au mieux être reçue que comme la gerbe technicolore d'une subjectivité autolâtre et, le plus souvent, que comme un coup marketing plus ou moins adroit ?... On pourrait aisément ajouter des touches au tableau compagnon. Et à chaque fois, le constat serait le même : en indexant le sens de l'existence aux désidérata de l'individu, lui octroyant ainsi par un jeu de dupe la liberté de croire, faire, agir, comme il l'entend, on le place dans une situation où tout ce qu'il entreprend de dire, produire et penser est d'emblée frappé du sceau de l'ineptie intégrale. Les structures de l'empire technique, de la machination totalisatrice de la présence, n'ont pour seul index sémantique que la calculabilité, la scénarisation numérique et la substituabilité. Tout ce qui exhausse l'homme au-delà de ses appétits animaux, par la discipline civilisationnelle, a été, soit complètement détruit, soit subverti, soit -lorsque c'est indestructible, comme l'évidence de la couleur de peau par exemple- nié, au moyen de procédures d'hypnose de masse qui convainquent les hommes qu'ils ne voient pas ce qu'ils voient et plus largement, qu'ils n'éprouvent pas ce qu'ils éprouvent. Il faut donc bien le dire simplement : à l'heure où la vie n'est plus que l'auto-déploiement insignifiant d'un chaos particulaire, seulement cadré par une licence d'utilisation Microsoft, aucune activité civilisée historique ne peut plus faire sens, condamnée qu'elle est, a priori, à ne devenir que le hobby plus ou moins snob, d'une micro-classe de renégats qui, à tort, et contre toute raison, pensent qu'ils valent mieux et plus que leur temps... Oui mais voilà compagnon : on ne vaut jamais plus que l'Esprit Objectif de son ère, même lorsque ce dernier consiste, en une volte insensée, en la négation -par l'acte ou du moins l'intention- de tout ce qui a fait objectivement l'Esprit des hommes... Siddhârta peut bien rester dans son château s'il a du fric. Se faire son petit repaire en Gascogne ou à Malibu, il faudra bien qu'il en sorte à coups de police des moeurs ou de Toufik (doctorant bien intentionné, réfugié climatique T.M). Et lorsque Siddhârta se retournera sur les ruines de son monastère, il verra qu'il demeurait, lui aussi -lui comme les autres, comme tous les autres- dans une niche agréée ISO 4012 ; une alvéole de plus dans la ruche sans fin. Son Eveil lui révèlera seulement la petitesse de son arrogance, la nullité de ses ambitions et le mensonge de vérités trépassées car non plus soutenues par l'ordre des choses, mais portées à bout de bras par des cas rendus psychiatriques à force de révolte vaine.
Va donc prier dans la Nef malappris ! Entre les prospectus pour aider le Liberia, l'homélie sur les prochaines élections et le labo d'en face qui crée des chimères bio-numériques dont même les Grecs n'auraient pas pu imaginer l'existence ; va, c'est ton choix. Et ton choix ne vaut rien... Smack ! Va écrire ton chef d'oeuvre jeune écrivain ! Si tu arrives à faire croire que ton patronyme sud-américain et ton goût pour le transgenre font de toi un littérateur d'avant-garde, tu auras sans doute la joie d'être relu par une stagiaire DESS (métiers de l'édition) et qui sait ? Peut-être même que t'auras un article élogieux dans le Journal littéraire de Célestin Fils-de-pute... Tu gagneras peut-être même un peu de blé. My ! Va donc, jeune patriote, va t'engager dans l'armée ! On t'enverra faire la guerre à des inconnus à l'autre bout du monde pendant que ta fille se fera violer, dans ta ville natale, par des types venus d'un autre monde - au bout de la rue. Bitch ! Va donc, jeune révoltée, t'engager dans un parti audacieusement patriote ! S'il a droit de cité, c'est qu'il ment, et s'il dit la vérité, c'est qu'il a déjà été dissout. Up ! Va donc jeune païen, va prier des divinités dont tu ne sais pas la langue, dont les symboles sont des fossiles ou des patchs sur un Bombers et qui se taisent depuis 5000 ans... Allez, va.
Va !
Auto-innocente-toi de toute cette merde.
De toute façon, à la fin, la claque sera la même :

POW !

SMACK MY BITCH UP !

Tu sais, je ne t'en veux pas de t'accrocher aux branches compagnon... Vu que ma destination naturelle, dans l'absolu, serait de composer des rondos au clair de lune, j'ai dû faire un sacré parcours pour arriver jusqu'ici. Mais ces branches, tu vois... Ces branches. J'ai quand même une vague pitié à l'idée que tu puisses ne pas voir qu'elles sont faites en matière plastique et siglées U.E, W.W.F, Google, Apple, Mamadou-partout et islam compatible (insérer ici emoji femme voilée)... Alors laisse-toi faire maintenant. Plutôt le sens plus crade que l'illusion la plus douce. Je te la refais sous un autre angle du canon scié :
La technoligarchie planétaire insensée, qui est l'Esprit Objectif de ce Temps, n'est pas un projet politique au sens classique, et qui aurait seulement la spécificité de disposer des moyens de contrôle les plus puissants de l'Histoire. Elle est encore moins un projet porté par une communauté quelle qu'elle soit puisque par définition, elle atomise toute filiation traditionnelle. De Kandahar à Buenos Aires, tout le monde se fait niquer, tu comprends ? Tout le monde. La technoligarchie planétaire, c'est le rejeton monstrueux du génie occidental, et c'est une I.A qui s'auto-déploie en faisant de l'homme déstructuré la médiation vers un état d'organisation dont aucun de nos repères anciens ne permet de comprendre le sens mais dont seul l'ENFER soit comme métaphore, soit comme vérité révélée, permet de saisir le contenu. La technoligarchie est un des bords de l'Histoire, et ce bord est indéfini... La fin est sans fin, c'est son petit secret.
A demeure, nous pourrons rester à parcourir sa ligne, jusqu'à complète disparition de l'incident humanité dans un état nouveau dont nous ne savons, ici et maintenant, probablement rien.
Il faut donc le dire clairement et c'est la seule conclusion possible : entre Breivik, l'attentat spéculatif trash-pop et la blague, il n'y a rien.
Entre la sidération du massacre et le sarcasme halluciné, il n'y a rien - absolument rien d'autre- que l'IMPOSTURE. Les cent-mille-milliards de médiations d'un certain art -constant- de laisser-faire le mal, donc de lui dire oui...
Choisis ton bord compagnon.



* * *



PS : ici ou là des remarques sur le pessimisme, le désespoir, le découragement et autres balivernes. Un de ces quatre, je ferai l'anatomie de ces réflexes de pensée portés par des dualités d'entendement abstrait inaptes à rendre compte de l'expérience. Disons seulement d'un mot ici que tant que l'horreur ne sera pas vue et nommée pour ce qu'elle est, aucune action d'aucune sorte ne sera significative ni possible. S'il ne se passe rien, c'est justement pour cette raison : la mesure du cataclysme n'a pas été prise. Rien de décourageant ou de désespérant là-dedans. Sauf pour les lâches. Seulement la boucle ancestrale qui lie notre esprit à la vérité, et de là, à l'agir. Notre légende est à cette condition.
Et jamais, de mémoire d'homme, elle n'a fait un sourire.

PS 2 : ma présence sur les réseaux est un poème de ruses.


PS 3 : ce texte est agréable à lire avec Davidian en fond sonore.

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