<< Retour à l'accueil

Pseudomorphose...

La France subit un processus de pseudomorphose. Sa forme institutionnelle évoque une substance qui en réalité n'est plus.

Ulysse

Son squelette administratif, son système de représentation, ses Tribunaux, ses Chambres, ses Corps constitués, ses Ministères, ont été par le passé l'expression authentique -effective au sens hégélien- d'un esprit qui, par eux, trouvait à s'incarner, accomplissant ainsi dans la légalité d'un ordre culturel original admiré par le monde entier, la singularité d'un destin, celui des Français.

Désormais, ces formes sont comme les traces rémanentes d'un noyau, d'un cœur, d'un matériau, qui a disparu. Comme la silice finit par remplacer la fibre du bois, la technoligarchie mondialisée substitue au génie historique de la France les exigences d'autres peuples, d'autres nations...

L'ironie est cruelle : c'est précisément la permanence de ces traces institutionnelles de l'ordre ancien qui nous empêche (ou plus exactement nous "retient") d'interférer avec ce funeste processus de substitution. Les Institutions qui protégeaient notre cœur, sont désormais le masque d'autres besoins que les nôtres -ceux du mondialisme progressiste et ceux des populations africaines- et pourtant, accepter leur caractère de trompe-l'œil est intellectuellement très difficile pour la raison que s'en défaire impliquerait, d'une autre façon, de solder notre héritage. Ces Institutions sont en un sens tout ce qui nous reste... Et en un autre sens, tout ce qui nous empêche de sauvegarder ce qui nous reste...

Le dilemme est objectif et on mesure son atrocité lorsqu'on le resitue à son niveau correct qui n'est ni psychologique, ni sentimental, ni émotionnel ou simplement subjectif. Ce dilemme est bien le symptôme d'une crise historique, avec la dimension sacrificielle et tragique que cela comprend nécessairement : soit détruire ces formes et briser de facto la continuité relative qu'elles maintiennent pourtant entre notre passé et nous, soit les maintenir mais accepter alors qu'elles soient devenues la coque protectrice d'un processus qui nous exproprie et nous désaffilie peu à peu... En somme, ayant par trop attendu, nous arrivons à ce point où il nous faudrait commettre un matricide pour garder la moindre chance de sauver nos enfants.

Le Grand Remplacement exige que nous nous transformions, ce qui, dans tous les cas, le fait triompher... Il l'exige puisque c'est bien ce que nous sommes (en tant qu'entité culturelle et historique) qui l'a rendu possible.

C'est vraisemblablement cette contradiction interne (totale, effrayante) qui, sur le fond, du point de vue des principes, explique que malgré cette rage de vivre inouïe qui caractérise tous les compatriotes que j'ai eu la chance de rencontrer depuis quelques années, cette colère juste ne trouve cependant pas à se diriger de manière opérative et performante. C'est que ce double-bind a la forme d'un nœud-coulant, et tout le monde, à défaut de le comprendre, je crois, le sent : la préservation de notre héritage implique le renoncement volontaire aux ultimes formes prises par ce dernier. Le sauver, implique donc, nécessairement, hic et nunc, de le perdre - de renoncer à sa Lettre déjà morte, pour tenter, hypothétiquement, de retrouver son Esprit...

Et si rien n'était bientôt fait de décisif, la pseudomorphose suivrait son cours, et alors la France connaîtrait le destin de tous les organismes qui en sont victimes.
Un destin de fossile.

A LIRE AUSSI